Les Bamilékés ont une Religion – Ils connaissent le « Nsi »

Les Bamilékés sont un peuple de l’ouest du Cameroun et originaires d’Egypte d’après l’anthropologue Dieudonné Toukam [1]. Leur départ du Nil est situé au 9e siècle, ce qui est très tard si on considère que l’Egypte avait commencé à décliner 1500 ans plus tôt. Leur colonne migratoire est passée par l’empire du Kanem Bornou (autour du Lac Tchad). Au nord du Cameroun, ils ont eu maille à partir avec les Peuls et c’est au 12e siècle qu’ils s’établiront dans l’ouest de ce pays.

Le Cameroun est habité par de nombreux peuples d’origine égypto-soudanaise. On peut citer aussi les Peuls, les Bamoun, les Bassa et les Fang entre autres. Les Bamilékés comme les Bassa et les Fangs ont quitté le nord du Cameroun très probablement en fuyant les invasions musulmanes.
Concernant la religion des Bamilékés, elle plonge ses racines dans la cosmogonie d’Iounou (Héliopolis) en Egypte. Nous allons donc faire un exercice comparatif entre la spiritualité Bamiléké, la cosmogonie d’Iounou et les autres spiritualités d’Afrique.

Un seul Dieu, qui est Energie

Le spiritualiste Bamiléké croit qu’un seul courant de conscience circule dans tout l’univers. Ce courant d’énergie, ce courant de vie, cette force que nous pouvons encore appeler puissance ou esprit imprègne tout l’univers et tous les êtres qui s’y trouvent. C’est la même force qui s’exprime dans toute la Création et à travers toutes les créatures. Les Bamiléké lui donnent le nom de « Si ». Le spiritualiste Bamiléké croit que Si est incompréhensible pour l‘esprit humain. Le Créateur pour les Bamilékés est considéré comme une entité parfaite, impersonnelle et essentiellement constructrice et positive dans sa nature et son action. Ce passage rentre aux fondamentaux mêmes de la définition de Dieu en Afrique. En Egypte, Imana/Amen (Dieu) est l’Energie initiale à l’origine de la création. Après être sorti des eaux primordiales désordonnées (Noun), il a mis son énergie (ka) dans les eaux riches en germes de vie pour que la création commence et l’existence se manifeste. Les prêtres égyptiens disaient « di.ef ankh neb » c’est-à-dire « Il (Dieu) donne toute vie ». Personne ne l’a jamais vu, personne ne l’a jamais connu, personne ne l’a jamais sondé, d’où son nom Imana qui signifie Mystère/Caché, tout comme Mawu est insaisissable dans le Vodoun du Bénin. Tout ceci est un écho aux Bamilékés qui disent que Si est incompréhensible.

Dieu en tant qu’Energie est unique mais également multiple car il imprègne chaque élément de l’univers. Chaque créature vit parce qu’elle est dotée d’une partie de l’Energie. Dans la cosmogonie Fang d’Afrique centrale, il est dit d’Eyo (Dieu) « Eyô âng’ayô a ne viô », c’est-à-dire Eyo s’est alors multiplié comme des champignons. Les Akan de Côte d’Ivoire et du Ghana disent dans le même sens que Nyame (Dieu) est spirituellement visible partout. Les baKongo disent que Dieu vit l’expérience de la multiplicité dans l’unité.

On accède à l’Energie initiale (Dieu) à travers les Ancêtres et la nature

Les Bamiléké s’adressent à Si à travers des intermédiaires tels que les ancêtres. Le spiritualiste Bamiléké pense que seule la vie existe. Il croit que le phénomène de la « mort » tel que nous le connaissons est purement illusoire. A la mort, la force vitale se dissocie du corps et de l’âme, provocant la séparation définitive du corps spirituel d’avec notre corps matériel. On se sert aussi des éléments de la nature et souvent de l’état de Rêve pour s’adresser à Dieu.
Dans la cosmogonie égyptienne, c’est l’Energie d’Imana qui permet aux hommes et à tous les éléments de la nature de vivre. En Afrique la mort, sous entendu la disparition pure et simple n’existe pas. Il y a plutôt séparation entre l’énergie divine et le corps matériel, que les Égyptiens appelaient respectivement Ka et Khat. L’énergie ne pouvant pas mourir d’après un principe physique faisant l’unanimité, le mort accède donc à l’éternité. L’énergie du mort rejoint le Créateur (Energie initiale) et les autres énergies ancestrales dans un endroit appelé Butdenga par les Mossi du Burkina Faso. Le mort n’étant plus qu’énergie comme le Créateur, il est ainsi divin et capable de communiquer avec Dieu. La vénération des ancêtres est générale en Afrique, Dieu étant considéré comme le premier ancêtre. Les ancêtres morts sont appelés Razana par les malgaches, Mudzimu par les Shona du Zimbabwe et amaDlozi par les Zulu d’Afrique du Sud.

Dieu éternel

Les Spiritualistes Bamiléké, croient que Si, la Conscience unique, l’Energie universelle est sans origine et sans fin. En d’autres termes qu’elle n’a pas de borne et qu’il n y a pas de point identifiable où on peut affirmer qu’elle commence et ou elle finit.

En Egypte, Amon est Neb nehéhé, c’est-à-dire le Maître de l’éternité. Il est également Neb r djer c’est-à-dire le Maître de l’univers. Et il dit « Iou ra.i m héhé », c’est-à-dire « ma parole n’a ni fin ni commencement ». Dans le même sens, pour les Akan, Dieu est Odomankoma c’est dire l’Être infini. Tout ceci précise le caractère éternel de l’Energie qui ne meurt pas et qui circule dans chaque recoin de l’univers.

En résumé on retrouve donc chez les Bamilékés des principes spirituels généraux au monde noir et malgache, c’est à dire une Energie initiale créatrice qui est répartie dans chaque élément de la Création et à laquelle on accède à travers un ancêtre mort. Pour en savoir plus sur la Religion Africaine dans son entièreté, cliquez sur ce lien.

Hotep!

Par : Lisapo ya Kama © (http://www.lisapoyakama.org/)
Sources :
• Royaume Batié
• Les cosmo-théologies philosophiques d’Héliopolis et d’Hermopolis, Mubaginge Bilolo
• Le Mvett, l’homme, la mort et l’immortalité, Tsira Ndong Ndoutoume, page 22 et 23
• Les larmes du soleil, Oscar Pfouma
• [1] Histoire et Anthropologie du peuple bamiléké, Dieudonné Toukam, pages 9, 10 et 22

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