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SYMBOLIQUE ET NECESSITE DES REUNIONS FAMILIALES CHEZ NOUS A BANGOUA

Le mois d’Août a déjà sonné et c’est le moment pour beaucoup d’entre nous de de se rendre aux réunions familiales et pour certains de voir déjà la fin d’année. Pour certains c’est la période d’évaluation de leur année scolaire et académique finissante et par là, le temps de préparer les concours administratifs et et/ou de formation. Sous d’autres chaumières, nombreux vous diront que c’est le temps des vacances avec tout ce que cela comporte. Le mois d’Août coïncide également avec la période de grandes récoltes (d’arachides, de maïs, de safours…) et aussi de grande pluviosité. Celles-ci contribuent à agrémenter à leurs manières les grandes retrouvailles. Retrouvailles, ai-je dit !? Oui !! Certes !! L’une de ces formes de retrouvailles ayant des caractéristiques tout à fait particulières est la Réunion Familiale !

Chez nous les Bamiléké et chez les Bangoua en particulier, les Réunions Familiales communément appelées ‘’N’tchi’seuh toundieuh’’ revêtent un caractère sacré qui mérite un temps soit peu qu’on s’y appesantisse !

Notre modeste chef-d’œuvre s’articulera autour de 4 petits points non moins importants du point de vue de la pertinence de leur fond :

  • Quelle est la signification des Réunions Familiales (‘’N’tchi’seuh toundieuh’’) ?

  • Quelle est la symbolique de ces rassemblements ?

  • Y’a-t-il nécessité de l’existence d’un tel regroupement au sein de nos familles ?

  • Quelles sont les perspectives que doivent avoir ces instances en vue de la pérennité de ses actions ?

QUELLE EST LA SIGNIFICATION DES REUNIONS FAMILIALES (‘’N’TCHI’SEUH TOUNDIEUH’’) ?

Les Réunions Familiales (‘’N’tchi’seuh toundieuh’’) sont des rassemblements des individus autour d’une même idéologie familiale. Ce sont aussi les enfants et petits enfants qui se regroupent autour d’un ou de plusieurs ancêtres communs décédés ou encore vivants. C’est ainsi qu’en cette période (mois d’Août), il est facile d’écouter des proches vous dire qu’ils vont ou qu’ils iront au village pour leur(s) ‘’N’tchi’seuh toundieuh’’. On y va le plus souvent dans sa famille paternelle, sa famille maternelle ou même dans la belle famille. Il est à rappeler que ce dernier cas de figure (c’est-à-dire dans la belle famille) s’observe le plus souvent chez les femmes.

Les réunions familiales sont des entités bien organisées avec des rencontres qui sont le plus souvent annuelles et rarement biannuelles. Leur fonctionnement est régi par un certain nombre d’instances. Ces regroupements familiaux ont généralement un Comité directeur ou Comité des sages (patriarches, matriarches, intellectuels…). Le Comité des sages assiste le Bureau exécutif qui est constitué d’un Président assisté d’un Vice, d’un Secrétaire Général assisté d’un adjoint, d’un Trésorier, des Commissaires aux Comptes et Censeurs. Ces responsables peuvent être élus ou cooptés. Le Comité des sages et le Bureau exécutif élaborent les grandes orientations familiales, suivent, coordonnent et évaluent les activités familiales. Quoiqu’on dise, le gros des effectifs constitue l’Assemblée Générale qui, elle, a un pouvoir souverain et consultatif. Dans tous les cas, tous les participants sont rassemblés autour d’un patriarche (chef de famille) ou d’une matriarche dont ils se réclament tous de la descendance. Cet(te) aïeul(le) a cependant une valeur représentative et un pouvoir ancestral. Il/elle peut être consulté(e) pour des questions sensibles qui engagent la vie de toute la famille. Il/elle peut aussi trancher en cas de quiproquo. Que cachent ces rencontres ? Sont-elles tout simplement des regroupements anodins?

SYMBOLIQUE DES REUNIONS FAMILIALES

S’il reste vrai que la plupart d’entre nous se rendent aux réunions familiales pour montrer leur loyalisme et leur attachement à l’idéologie de la famille, il est aussi nécessaire dès lors, de faire mention de plusieurs points que cachent les ‘’N’tchi’seuh toundieuh’’. Beaucoup y vont pour s’affirmer enfants de la concession tels les feuilles et les branches d’un arbre, unies et rattachées à un même tronc et tous ancrés dans le sol par le même système racinaire. C’est ainsi que vous entendrez quelqu’un parler avec révérence qu’il va à la Réunion Familiale des enfants de Tiè KWOKAP (‘’N’tchi’seuh toundieuh Pouoh Tiè KWOKAP’’) ou ‘’N’tchi’seuh toundieuh Pouoh Adamou Njepang ou ‘’N’tchi’seuh toundieuh Pouoh Mieu Nguepnang ou ‘’N’tchi’seuh toundieuh Pouoh Tefoh Tièngouok’’ ou ‘’N’tchi’seuh toundieuh Pouoh Foh Nguendjio’… Complétez la liste svp !!!

Les réunions familiales sont aussi des espaces de retrouvailles et de rencontres. On peut y retrouver un frère qu’on a perdu de vue il y’a de cela plusieurs années ! On peut faire la rencontre de nouveaux frères, sœurs, tantes, oncles, aïeux, bref de nouveaux liens de sang. Il me revient à l’esprit qu’il y’a eu accrochage de becs entre deux dames dans un bus de transport en commun. Elles avaient quitté Yaoundé et se rendaient à Lah’gwii par Bangoua. C’est une fois arrivées à destination qu’elles ont réalisé qu’elles étaient toutes deux petites filles d’une même et grande concession.

Pendant les réunions familiales, on dévoile son identité. L’un des points saillants au cours des réunions familiales c’est l’auto présentation. Ainsi, les uns et les autres profitent de l’occasion qui leur est offerte pour décliner leur identité en termes de noms, prénoms, filiation/parenté, profession ou secteur(s) d’activité, contacts, ville(s) de résidence et/ou d’activité, statut matrimonial, liens de mariage (cas des époux(ses) de la famille)… Dans cette rubrique, les enfants scolarisés font également écho de leurs prouesses et performances scolaires et académiques. Chaque présentation en principe, selon le cas, mérite soit des ovations, des encouragements ou des consolations.

N’oublions pas de mentionner qu’on y donne aussi de ses nouvelles et on prend celles des autres. Les bonnes comme les mauvaises nouvelles sont les bienvenues. Les naissances, les mariages, les découvertes de nouveaux liens de sang, les réussites dans l’année écoulée sont les plus attendues et les plus souhaitées tandis que les décès, les échecs de la vie et les cas de maladies sont les plus redoutés. Soit, vicissitudes de la vie obligent !!!

Les détentes sont toujours au rendez-vous ! On connaît rarement de telles rencontres avec de la tristesse. Gaieté et blagues sont de la partie ! On connaît aussi des chantres de la famille (alias MP3) qui sont spécialisé(e)s dans l’exécution des belles mélodies dansantes. Ces mélodies connotent généralement l’entente, la solidarité, la bravoure et font le plus souvent mention des noms de vaillants et braves membres de la famille. En retour, l’Assemblée Générale répond, acclame, danse et se démarque avec des billets de banque (pour ’’farotage’’) ! Ne me faites pas oublier qu’on n’y rentre pas le gésier vide ! On y mange le keulock mbèh ndzweurh (’’Kondrè’’ à la viande de chèvre), l’arachide fraîche bouillie, la kola et tout çà arrosé de vin blanc sucré sagement vigné dans les raphias de la concession. Si la réunion se tient autour d’un feu, le maïs frais et les safours rôtis seront au menu !

Durant les réunions familiales, les projets/événements familiaux sont planifiés, exécutés ou évalués. Ces projets peuvent être entre autres les prochaines rencontres, funérailles, rites coutumiers, entretien de la concession, construction d’ouvrages familiaux, aides familiales, scolarisation des enfants, prise en charge de certains cas d’indigence… Au sortir de la réunion familiale, de nouvelles dispositions sont prises pour améliorer les performances antérieures.

Ce sont également des instances de partage. Aux réunions familiales, on est fier de partager avec les siens une partie de ce qu’on a pu gagner dans l’année ! On verra généralement des membres de famille aller aux réunions avec des sacs de riz, des bidons d’huile, des sacs de sel, des stylos, des cahiers, de la boisson, des biscuits, des bonbons, du chocolat, du pain… Ces présents sont alors remis au Chef de famille qui les présente à l’Assemblée Générale, décline l’identité du/des donateur(s), le(s) remercie, le(s) bénit, le(s) encourage, exhorte les autres à suivre l’exemple, et met sur pied un comité de partage. Notons que les filles et femmes de la concession peuvent également apporter de la nourriture préparée à leur guise et à la hauteur de leurs moyens. D’autres membres peuvent contribuer financièrement pour la bonne tenue de la cérémonie. Tout le monde en principe devrait mettre la main à la pâte d’une manière ou d’une autre. Le partage ici peut aussi s’entendre comme étant toute action bénévole rendue pour le bien de tous. Nous pouvons à ce titre mentionner, le nettoyage de la concession avant, pendant et après la réunion, la participation à la préparation, transport et service des aliments pour ne citer que ceux là.

Le Parquet n’existe pas seulement aux Tribunaux de Bangangté ! A Bangoua, les réunions familiales sont des véritables instances juridictionnelles. Elles sont compétentes pour trancher en matière d’incompréhensions ou des litiges portés à leur connaissance par l’une des parties. Elles peuvent également s’autosaisir de certains cas litigieux. Retenons que ramener les litiges sous l’arbre à palabre est un signe de maturité et de reconnaissance du pouvoir familial dans la résolution des conflits. Mais dans la plupart des cas, on fait face à ce genre de situations lorsque les médiations ont été infructueuses. Dans les 95% de cas, les problèmes se résolvent toujours en famille. On partage les responsabilités des uns et des autres. On assiste au finish au fumage du calumet de la paix entre les deux parties. Ceci peut se faire verbalement ou par des embrassades ou par partage du vin blanc dans le même verre. On peut aussi ramener à l’ordre ou sanctionner des cas révélés de vandalisme, de turbulence, d’ivrognerie, bref de tout cas d’irresponsabilité d’un membre qui met en mal l’image de la famille. Mais alors, il faut mentionner que ces instances juridictionnelles sanctionnent à la fois négativement et positivement. Sur le plan positif, on assiste parfois à des remises des prix aux meilleurs enfants qui se sont démarqués tout au long de l’année scolaire au académique. On attribue aussi des titres de vaillance à certains fils et filles de la famille au regard des actes positifs qu’ils ont commis à l’effet de faire rayonner l’image de la famille. C’est ainsi que vous aurez des titres familiaux attribués tels que Mefo, Mbeu’, Soup, Sah’… Il faudra penser à les installer dans leurs fonctions lors d’une cérémonie solennelle avec tout ce que ça comporte ! Les réunions familiales sont aussi les instances pour reconnaître les titres arrachés de hautes luttes dans la société par leurs fils et filles. Elles sont aussi compétentes pour les installer à leur niveau dans leurs fonctions. Par exemple, si après un acte de bravoure d’un membre d’une famille, le Chef Supérieur Bangoua lui attribue, un titre de notabilité ou de dignité au rang de Mefo ou de Sah’ ou de Mbeu’ngouok ou de Wembo… celle ou celui-ci devra être installé(e) sur une chaise dans la concession de son grand père maternel. Cela s’appelle le ‘’Tseūh kouoh’ ’’.

Pendant les réunions familiales, le côté apprentissage n’est pas mis en marge. Beaucoup de participants n’y rentrent pas la tête vide ! On s’y instruit d’une manière ou d’une autre. On peut apprendre la langue maternelle, les proverbes et les dictons du terroir. On peut se perfectionner en organisation événementielle, on reconnaît la place des aînés et le droit d’aînesse, on apprend à prendre la parole, à parler en public, à gérer le stress. On s’édifie davantage sur la connaissance de l’autre et de ses possibles comportements. On partage les expériences et les opportunités. On s’initie au bénévolat, à la charité et à être au service de l’autre. On peut apprendre à chanter, à danser à la manière de chez nous. On s’inspire des autres, de leurs projets de vie, de leurs réussites pour bâtir les nôtres. On développe l’esprit de compétitivité notamment dans les familles où on prône l’excellence. On se tire de là avec une bonne maîtrise de sa lignée et de l’arbre généalogique où on est attaché !

Les points ci-dessus mentionnés sont loin d’être exhaustifs, mais nous osons avoir rassemblé le meilleur de nous pour vous ! Alors, au regard de tout ce qui précède, y’a-t-il vraiment nécessité de l’existence d’un tel regroupement au sein de nos familles ?

NECESSITE DE L’EXISTENCE D’UN TEL REGROUPEMENT AU SEIN DE NOS FAMILLES 

A la question précédente, nous répondrons par l’affirmative sans grands risques de nous tromper. Un littéraire disait que la famille reste et demeure la base de toute société. Cette assertion démontre à suffisance la place primordiale de cette instance que même l’argent n’achète pas. Votre famille c’est votre famille ! Acceptez la comme elle est ; d’ailleurs vous n’avez pas choisir d’y naître ! Vu l’immensité des atouts et des opportunités susmentionnés qu’offrent les réunions familiales, il est nécessaire et même urgent pour tous et chacun d’y participer activement !

L’école du blanc, les églises dites nouvelles et les sectes ésotériques que beaucoup tendent à brandir comme étant leurs familles premières, ne doivent nullement nous aliéner et nous éloigner de notre sang ! Même la bible reconnaît la mère de Jésus et les frères de Jésus ; même si après il s’était donné à mort pour les péchés de tout le monde ! Attention !! Loin de moi l’idée d’un repli identitaire familial qui peut à un moment donné s’avérer préjudiciable ! Non !

Nos réunions familiales sont de vraies écoles sans stylo ni cahier, sans tableau ni craie ; mais de vraies écoles sous l’arbrela tradition orale est la modalité pédagogique par excellence. Ceci étant dit, nous recommandons fortement aux uns et aux autres d’assister à leurs différentes réunions familiales, d’y aller avec leurs épouses et leurs enfants. Pendant qu’ils y sont, qu’ils prennent la peine d’ouvrir grands leurs ouïes et yeux car beaucoup d’apprentissages s’y passent ! Assister régulièrement à ces rencontres peut réduire les risques d’unions consanguines où frères et sœurs font des enfants et ne découvrent leur lien de parenté que quelques années plus tard ! Dommage !

Au regard de la perte d’engouements, de la baisse des effectifs que l’on observe actuellement dans nos réunions de famille, n’y a-t-il pas lieu d’émettre quelques perspectives en la matière ?

PERSPECTIVES

De nos jours, les défis sont divers et les enjeux multiples ! Mais tout compte fait, il y’a urgence de redynamiser nos réunions familiales entre autres par :

  • Préparer la jeunesse à la gestion des affaires familiales. C’est l’avenir de la famille quoiqu’on dise ! Ceux-ci doivent également briller par leur exemplarité et leur participation volontaire !

  • Mettre sur pied un système de coaching et de councelling où chaque porteur de projet peut avoir de l’assistance technique, psychologique, matérielle et financière.

  • Briser la monotonie dans l’organisation des réunions familiales. Instaurer des surprises d’année en année. On peut introduire par exemple, les séances de jeux et animations divers, les séances sportives et touristiques, les balades, les visites dans les concessions, visites aux veuves/veufs de la famille, visites aux malades… Tout ceci contribue à renforcer les liens entre les membres, à maîtriser le village et les concessions familiales et à rendre les réunions mémorables. Du coup on ne veut plus rater les séances à venir !

  • Eviter des périodes mortes dans l’année, créer des événements entre deux réunions qui vous permettent de garder des contacts et la chaleur. A ce titre on peut se visiter, on peut s’assister en cas d’évènements heureux ou malheureux, on peut s’appeler, on peut mettre sur pied un groupe Whatsapp familial où on échange des informations, on peut créer des sous-réunions pour des enfants de la famille vivant dans les mêmes villes ou les mêmes pays…

  • Mettre sur pied des projets ou des entreprises familiales productrices de revenus et d’emplois ! On connaît tous les succès de la famille Decca dans la musique camerounaise !! Pourquoi ne pas avoir à l’échelle de Bangoua des industries aux noms de NGUENANG, NONO, NANKAP, KOUAMO, DJAMPOU…spécialisées dans des domaines aussi variés et divers que l’agriculture, l’élevage, la pêche, la pâtisserie, la couture, l’artisanat, la culture, la santé, l’éducation, la quincaillerie?

Sans avoir la prétention d’avoir tout épluché ce concept de ‘’N’tchi’seuh toundieuh’’, cher à nous et à nos cultures et traditions, nous osons avoir été au moins à la hauteur de vos attentes en la matière !

Tièndja’pou Frédéric NGANSOP NONO | BP: 15 Bambili, Tel: (+237) 674 84 09 03 | Email: ngansopfrederic@yahoo.fr

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